Un plan d'évasion ... partie seconde

Après une formation au bouddhisme tibétain d'une douzaine d'année, et après la naissance de mon fils, il m'a été cruellement donné l'occasion de comprendre la "souffrance de vouloir pratiquer et de ne pas pouvoir le faire", dont j'avais entendu à l'occasion de l'enseignement d'un maître.
La claustrophobie et la frustration allaient grandissant, alors que mon esprit perdait peu à peu les bienfaits de la pratique intensive, et alors que s'étalaient devant nos yeux et dans nos vies toutes les "joies" du samsara, comme dans un grand chaudron où bouillonnent toutes les horreurs.

Aussi je fus frappé à la lecture de ces quelques mots de Gampopa : " Lorsque vous commencez à pratiquer, vous devez être comme le cerf enfermé dans un clos ou comme le prisonnier dans sa geôle, cherchant un moyen de toute urgence de sortir du samsara."

Bien sûr, il parle de pratiquer le dharma jusqu'au bout, qui est le moyen parfait pour se libérer. Mais dans notre situation moderne d'occidentaux confus, contraints au travail, à la paperasse, à la pression sociale pervertissante, accorder plus de quelques minutes à la méditation se révélait être un exploit, et de toutes façons cela ne ne marquait aucunement nos états samsariques, pas même d'une légère rayure. Le brouillard semblait épais, plus dur que le béton, et toute espoir de changement un leurre.
Nous passions notre temps à manquer d'argent, à nous chamailler violemment ou à nous en vouloir, à être en retard, à manquer de sommeil, à subir les stimulis extérieurs comme des agressions violentes, bref, plutôt l'enfer que le monde humain.

Au choc de cette lecture a suivi une révolte; révolte vis-àvis de cette souffrance de vouloir pratiquer mais sans pouvoir le faire, révolte vis-à-vis de nos conditions modernes, révolte vis-à-vis de la présentation des enseignements et des discours habituels qui l'entourent.

Alors que les enseignement décrivent très bien nos états intérieurs et les pratiques qui les transforment, et par là nous parlent profondément, la manière de les présenter en occident manque cruellement de pertinence quand aux moyens de mettre en oeuvre effectivement ces pratiques dans nos situations.
Pire, toute tentative de réflexion, d'innovation ou d'améliration sont rabouées, refroidies ou moquées, autant par les enseignants orientaux qu'occidentaux, ainsi que par leur entourage de perroquets. Plus particulèrement, l'ingéniosité éveille la méfiance, et est ressentie comme dangereuse.

Ma révolte fut encore plus grande lorsqu'il m'apparut que si ces enseignants réagissaient ainsi, c'est qu'ils n'avaient aucune idée de ce que nous vivions, d'une part, ni aucune idée de l'immense potentiel humain de créativité d'autre part. La nature du samsara, disent-ils, est la soufrance, attachement, alors que le dharma c'est se détourner de ce samsara. Ils pensent aussi quelques fois que de tels projets sont une projection de l'ego, et qu'il n'y a pas de situation parfaite. Ou encore qu'il est toujours possible de pratiquer quelque soient nos situations.
Mais si on les observe, grands maîtres comme petits enseignants, on remarque qu'ils font extrèmement attention au relatif, à leurs conditions personnelles.
Donneurs de conseils ne sont pas payeurs.
Il y en a beaucoup aussi qui se prennent pour Marpa, et qui doivent nous prendre pour Milarepa, parce qu'ils cassent systématiquement tout ce qui peut s'appeller projet personnel.

Gampopa a bien raison de prendre l'exemple du prisonnier. Personne ne viendra l'encourager sa décision, ni la confirmer, lorsqu'il voudra par tous les moyens être libre. Ce n'est qu'à lui-même de se galvaniser l'esprit, de préparer son évasion, et de l'accomplir bellement avec toute son ardeur.

Gampopa a bien raison de prendre l'exemple d'un animal, car quand on observe les animaux, on voit à quel point ils sont prompts à sauvegarder leur liberté, ou à la reconquérir lorsqu'ils l'ont perdue. A côté les humains semblent comme lobotomiser, et ont besoin d'un électrochoc rien que pour désirer d'être réellement libres.
L'écureuil, par exemple, ne peut être gardé en captivité, dès qu'il se sent enfermé, il se suicide contre les barreaux.

Une pratiquante a importé un jour dans sa sangha l'idée d'inviter ses voisins à prendre le thé, avec le but de leur parler du dharma, de Trungpa Rimpoche et du centre Shambhla de Paris. Alors que je fréquentais déjà plus aucun centre, elle m'appella pour me proposer cette idée, qu'elle mettait en pratique elle-même. Lorsque sa fille fît une tentative de suicide, j'eus la confirmation que se dire bouddhiste et fréquenter un centre en se gargarisant de belles paroles alors que nous étions incapables de faire le bien à domicile, ce n'était pas le dharma, mais son contraire.
Cela termina d'enflammer la révolte, et le joug de la stupidité fut promptement reversé.

Cette révolte fut déjà un espace de liberté, où je commencait de me défaire de ma bêtise, de mon manque de confiance, ainsi que des influences indésirables.

Avec rage, j'étais prêt non seulement à prendre le taureau par les cornes, mais encore à le mettre à terre, à l'égorger promptement, puis à manger sa chair. Ce fut un soulagement immense.


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